Quand un simple câble de connexion vaut plus que des millions en banque.

Janvier 2016, Dans la Pendjari au nord Bénin. Nous avions reçu en visite un couple ami allemand en compagnie de leur quatres enfants. La Noël passée à Cotonou, on décida de faire un tour dans la Pendjari et d’y faire la St. Sylvestre, la Noël et le nouvel an. Nous embarquions à bord d’un minibus type Toyota Hiace. Entre temps, nos invités avaient déjà réservé et payé, depuis l’Allemagne, le campement « Camp Noumi » où on devrait résider. Le propriétaire, un certain Sch., est allemand comme eux. Comme son nom l’indique, Sch., frappe à première vue de par son accoutrement et son cadre de vie qui reste des moins désirables dans tout Batia, village d’entrée de la réserve. La déception était grande dans les yeux des allemands quand on a posé nos pieds dans ce campement. Nos invités se sont confondus en excuses, ils auraient dû me laisser faire la réservation. Trop tard, Sch. avait déjà encaissé la moitié des sous, on doit y rester. Aussitôt installés, une bagarre s’installa entre Sch.  et le garçon ainé de nos invités. Le jeune D. est plutôt beau mec, physiquement bien bâti et musclé, avec un air élégant et propre. Il venait de finir sa formation d’officier de policier et devrait commencer sa fonction en Février suivant. En guise de récompense, ses parents lui ont offert un voyage en Afrique, assez loin, n’est-ce pas ? Eh bien, les voyages longs courriers de ce genre sont réservés aux européens assez nantis. Le jeune D. était conscient qu’il est issu d’une famille au-dessus de la moyenne allemande, et ceci le rendait un peu trop fier de lui-même. Il prétendait qu’il y a des punaises, des cafards et des rats dans sa chambre. Monsieur Sch. argumente qu’on est en brousse et que ces choses ne manquent pas. La bagarre monta de ton pendant 30 mn, Sch. décida de reverser le coût de cette chambre pour avoir la paix, le jeune garçon proféra des insultes grossières au vieil allemand et fit une démonstration financière en exhibant sa carte de crédits sur laquelle il aurait beaucoup d’argent, à l’en croire, et qu’il n’a pas besoin d’être remboursé avec des vieux billets sales du vieil homme. Les parents observaient passivement la bagarre, sans jamais oser calmer leur petit. Vaille que vaille, je réussi à calmer le vieil homme. Le soir, j’offris un verre au jeune D. histoire de causer avec lui et faire comprendre qu’il a mal agi, et qu’on se trouve certes quelque part en Afrique, mais alors nulle part, où dans certaines circonstances, la plume d’un oiseau a plus de valeur secouriste qu’une villa de dizaines de millions de New York. Sa maman à côté, m’a regardé profondément et a soupiré. J’ai compris qu’ils avaient des ennuis pour contenir ce garçon de 22 ans. La jeune ria et conclu qu’il ne peut jamais avoir besoin d’un vieux sale comme Sch. Le 02 Janvier, de Batia nous partîmes pour une visite dans la Pendjari. Etant donné la tension qui régnait, on n’a pas osé demander le service de Sch., on appela la direction qui nous affecta un guide touristique, mais nous étions autorisés à entrer avec notre minibus. C’était la saison sèche, pas de risque de s’embourber.  Après les formalités à l’entrée, notre guide nous proposa de commencer par la piste aux éléphants, (ou je ne sais plus quelle piste au juste). Après environ 18-20 km de la bifurcation, on marqua une pause déjeuner de 1h30 environ. Il fallait continuer, notre minibus refusa de démarrer malgré les efforts de Sylvestre, le conducteur. Il nous fit comprendre qu’il s’agit de la batterie et que depuis quelque jours cette panne était fréquente. On se regarda tous, muets et passifs devant la situation, il aurait pu nous avertir. Depuis 14h00 nous sommes sur place, espérant le passage d’une quelconque voiture car notre guide nous rassurait que les visiteurs sont fréquents sur cette piste, mais nous sommes juste le 02 Janvier, qui visite le parc à cette date. On perdit tout espoir après presque 4 heures d’attente, et on commença par analyser les différents scénarii, allons-nous dormis sur cette piste, et dans quelles conditions ? On en était là quand on aperçut au loin la poussière, et ensuite le ronflement de tonnerre semblable à une vielle voiture, je reconnus très vite le vieux colosse du guide allemand. Ah.. sa voiture, une véritable pièce de musée, un tout petit frottement avec cette voiture suffirait à faire du tétanos. Il s’approcha, Sylvestre lui expliqua la situation. Il ouvrit son coffre, plutôt un magasin rempli de toutes les pièces de rechange possibles. Il sorti un câble, les connecta et démarra la voiture. Enfin, nous sommes délivrés. A bord de notre minibus, nous sommes restés silencieux, il ne pouvait être autre, on a failli passer la nuit en plein air dans un parc avec 6 enfants. Timidement, je rompu le silence, et je demande, dans une blague déconcertante, au jeune D. assis juste à côté de moi : « Qu’a fait ta carte de crédit pour nous sortir de cette situation ? Le câble du vieil allemand a fait ce que des milliers d’euro ne pouvaient faire ». Il resta muet. La nuit au campement, D. s’approcha du vieil homme et présenta ses excuses. On a tous pris un verre. Le vieux guide nous parla de sa famille. Il a une fille qui étudie dans l’une des grandes universités d’Allemagne. Le jeune D. est aujourd’hui policier à Munich. Il est resté très bon ami du vieil allemand Sch. et de sa fille Anna. En 2019, nous avons pris un verre, tous ensemble, quelque part à Munich. Ma question à laquelle le vieil homme n’a jamais donné de suite jusqu’aujourd’hui : Savait-il qu’on aurait des ennuis en cours de chemin ? Il m’a juste dit qu’il a fait son travail, et qu’on était ses touristes. Moralité de l’histoire : Quelque part dans le monde, un brin de fil à coudre a plus de valeur que des millions en banque. C’était le plume de votre dévoué NYS

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